Interview Exclusive : Allain Bougrain-Dubourg

Samedi, juillet 3, 2010

Vous avez été parmi les tout premiers journalistes à lutter pour la défense des animaux. Pouvez-vous nous parler de vos plus belles victoires, mais aussi de ce que vous considérez comme des échecs.
Par bonheur, les victoires sont nombreuses, sinon ce serait désespérant. Mais elles sont souvent le fruit d’un travail collectif, d’où la nécessité d’étendre les réseaux et d’adhérer à des associations de protection de la nature. Je suis fier d’avoir obligé les éleveurs à vendre les chevreaux et les volailles dans des casiers et non plus, pattes ficelées, suspendus à des balances romaines. L’arrêt du braconnage à la tourterelle dans le Médoc est aussi une réussite, mais il aura fallu… 20 ans ! Quant aux échecs, ils sont légion. La biodiversité agonise et beaucoup d’animaux souffrent inutilement…

Vous êtes notamment reconnu pour votre implication au sein de la LPO, mais ce ne sont pas les seuls animaux que vous défendez. Pouvez-vous nous en dire plus ?
La LPO a largement élargi son spectre d’activité car tout se tient. Elle agit, notamment, en faveur des milieux naturels et, singulièrement, des zones humides qui se réduisent comme peau de chagrin. Pour ma part, je suis intervenu en faveur des bébés phoques ou des éléphants en allant sur le terrain, mais aussi de cette faune anéantie par la pharmacopée asiatique ou encore pour les chiens et chats des refuges. La tauromachie, le foie gras, les élevages en batterie font également partie des engagements. En fait, toutes les causes méritent d’être entendues. C’est le temps qui manque. Nous sommes pourtant dans l’urgence…

Le dérèglement climatique est au cœur de nombreux débats, mais vous regrettez que l’on parle beaucoup moins de la perte de la biodiversité.
C’est vrai que la question du dérèglement climatique reste essentielle, mais elle a fait de l’ombre à une autre priorité, la biodiversité, qui devrait être traitée de concert. Simplement, les décideurs n’ont pas encore suffisamment compris que le vivant qui nous entoure relève de la compassion qu’on lui doit (puisque nous nous considérons supérieurs !) et que – de son avenir – dépend le nôtre. En attendant l’indispensable prise de conscience, une espèce de batracien sur 3 disparaît. Tandis qu’une espèce de mammifère sur 4 et une espèce d’oiseau sur 8 subissent le même sort. Pourtant, au Sommet de Johannesbourg, les grands dirigeants de ce monde s’étaient engagés à stopper la perte de la biodiversité en 2010. À l’évidence, nous ne sommes pas au rendez-vous !
Pour comprendre l’enjeu, il faut savoir que si l’on réduisait la prodigieuse histoire de notre planète (4,5 milliards d’années) à 7 jours d’une semaine, tout commencerait le lundi à la première heure. La vie apparaîtrait le mercredi à midi, les dinosaures le dimanche à 16 heures, le Christ le dimanche à minuit moins ¼ de seconde et la révolution industrielle à minuit moins 1/40e de seconde. C’est durant ce court laps de temps que la planète a commencé à agoniser par la faute de l’homme. Rien que dans notre pays, le béton et l’asphalte gagnent l’équivalent d’un département sur les espaces agricoles et naturels tous les 10 ans. Quelle France voulons-nous pour demain ?

Dans le précédent numéro nous avons parlé de Nénette et avec Gérard Dousseau du rôle des Zoos. Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a motivé pour accepter le rôle de coprésident du comité de rénovation du parc zoologique de Vincennes.
Tout d’abord, je dois souligner que je vomis la captivité et que je ne peux accepter qu’on encage des animaux pour notre seul plaisir de l’exotisme. Je me suis, par ailleurs, battu trop longtemps contre les trafics à destination des zoos pour ne pas garder plus que de l’amertume à l’égard de ces établissements. Cela dit, depuis une dizaine d’années, les choses ont heureusement bien évolué et certains parcs zoologiques ont fait des efforts considérables en participant, notamment, à des opérations de protection de par le monde. Lorsque le Directeur Général du Muséum National d’Histoire Naturelle m’a demandé d’occuper ce poste, j’ai accepté en pensant pouvoir apporter un éclairage favorisant le mieux-être des animaux. En réalité, les personnels du Muséum étaient déjà très motivés et très désireux d’inventer une nouvelle forme de présentation. C’est ainsi que les animaux intégrés dans des biotopes reconstitués ne seront pas « exhibés », mais les visiteurs devront faire l’effort de les découvrir. Par ailleurs, ils seront tous issus de naissances en captivité. Enfin, ils constitueront la vitrine de nombreux programmes de conservation engagés – avec la France – dans les pays d’origine.