Interview Exclusive : Nicolas Philibert pour le documentaire sur Nénette
Nénette est le deuxième documentaire que vous réalisez au Muséum. Est-ce par un attachement particulier, un lieu qui vous fascine ?
C’est un peu le hasard qui m’a conduit à tourner Un animal, des animaux entre 1991 et 1994, période au cours de laquelle on a restauré la galerie de zoologie. L’idée du film a surgi à ce moment-là sans idée préconçue. J’ai eu beaucoup de plaisir à réaliser ce film qui m’a amené à rencontrer beaucoup de gens, de corps de métier, les taxidermistes, les scénographes, les scientifiques qui sont passionnants. Ces deux films réalisés à 300 m l’un de l’autre se répondent. Chacun à sa façon évoque moins le monde animal que le regard que l’on porte dessus.
Filmer les collections d’animaux naturalisés renvoie très fortement à l’idée que l’on se fait du monde animal. Dans ce premier documentaire, j’ai découvert l’histoire de la taxidermie qui veut que les animaux naturalisés au XIXe étaient figés dans des poses souvent plus agressives, toutes griffes dehors. Aujourd’hui le prédateur numéro un c’est l’homme, les animaux sont immortalisés dans des poses beaucoup plus neutres.
L’évolution dans la présentation de ces animaux immortalisés est significative de l’évolution du regard que nous portons sur ces animaux.
Ce film soulève évidemment la question des zoos, des animaux maintenus en cage…
Voir des animaux sauvages captifs est très triste, mais la ménagerie est un site classé monument historique, donc on ne peut pas aménager les différents espaces comme les soigneurs le souhaiteraient. Les cages sont certainement petites par rapport à celles que l’on peut voir ailleurs. Mais les soigneurs réduisent le nombre et les espèces d’animaux. Par exemple, il n’y a plus de grands félins qui tournent en rond. Seules quelques panthères sont restées, car elles ont surtout besoin de hauteur, ce que leur offre l’aménagement de la ménagerie. J’ai réellement senti un souci constant du bien-être des animaux chez les soigneurs. Quand on les interroge, ils sont les premiers à critiquer les zoos. Il y a cette culpabilité qu’ils évoquent dans le film. Aujourd’hui les zoos ont une mission de protection et de sauvegarde, une vocation beaucoup plus noble que la simple présentation de l’animal, pour satisfaire la curiosité.