Interview Exclusive : Nicolas Vanier
Pendant plus d’un quart de siècle, Nicolas Vanier a arpenté les espaces sauvages des territoires “d’en haut”. De ses périples sont nés de nombreux récits, romans et documentaires. L’aventure débute toujours par le respect absolu de la nature et des peuples qui y vivent.
“Cette fiction a été tournée dans les conditions du réel. Nous avons travaillé avec les vrais nomades éleveurs de rennes, dans leur cadre de vie. C’est un lieu que je connais puisque j’ai passé pratiquement un an avec les Évènes et leurs troupeaux. Pour le film, j’ai donc sollicité deux clans d’une vingtaine de personnes, avec lesquels j’ai noué des liens d’amitié. Ils sont l’âme de l’histoire.”

Interview par Véronique Renaud
Nous tenons dans ce magazine à développer les synergies entre les artistes et les Hommes qui défendent notre patrimoine vivant. Véronique Renaud est une artiste œuvrant essentiellement sur le thème du loup, elle nous est apparue comme la meilleure ambassadrice pour rencontrer Nicolas Vanier.
Nicolas, après nous avoir fait rêver à travers vos nombreuses épopées dans les “Pays d’en haut”, votre film “Loup”, nous offre de magnifiques images d’une nature préservée et sauvage, est-ce votre façon de faire passer un message ?
J’ai essayé au travers des différents films que j’ai pu faire dont le Dernier Trappeur, de montrer combien ces espaces sont extraordinaires et combien l’équilibre qui existe entre ces hommes et ces territoires est à la fois merveilleux et très fragile.
Je pense que de contribuer à faire aimer une chose donne envie de la préserver. On ne protège jamais mieux que ce que l’on aime le plus. Mais tout cela est déjà tellement abîmé voire condamné à très court terme si on n’y fait pas attention.
À l’heure où l’on parle de réchauffement climatique, vous qui avez sillonné tant de pays du grand Nord, avez-vous constaté les premiers effets ?
Malheureusement oui. C’est pour cela que depuis quelques années j’en suis venu à m’engager de façon importante. Ma conscience environnementale ne s’est pas faite à la lecture de magazines ou en regardant des films, des reportages. C’est avec mes yeux et mon cœur que j’ai vu la nature s’abîmer. Encore une fois, ce sont des espaces très très fragiles, beaucoup plus que la France pour faire une comparaison. On a connu en France une hausse des températures d’à peu près 1 °C alors que dans le Grand Nord, c’est par endroits 3 ou 4 °C. C’est à la fois quatre fois plus important mais en fait, ça l’est 50 fois parce que ce sont des espaces beaucoup plus fragiles. On mesure presque par anticipation dans le Grand Nord ce qui va bientôt arriver chez nous si on se dirige vers les hausses annoncées.
Il est impossible maintenant d’aller dans le Nord sans s’en apercevoir. Il faudrait être totalement aveugle
et sourd pour ne pas voir partout les conséquences du réchauffement
climatique.
Je ne pouvais plus continuer à voyager, faire des films ou écrire sans évoquer cette inquiétude qui est la mienne.
C’est vraiment une dégradation exponentielle, qui a commencé depuis 7 ou 8 ans, qui aujourd’hui connaît une accélération constatée par les scientifiques. On parle, là, de mesures extrêmement objectives avec des diagnostics incontestés et incontestables. On ne peut plus échapper à cette réalité.
Que ce soit en Laponie, en Sibérie ou autres, tous les gens qui vivent dans le Nord aujourd’hui sont touchés d’une façon ou d’une autre par le réchauffement climatique, encore une fois pour ne parler que de lui, car il y a bien d’autres problèmes comme la déforestation qui est évoquée dans le film, l’épuisement des ressources naturelles, l’exploration qui aujourd’hui s’accélère pour aller à la recherche de pétrole et encore bien d’autres
choses.
Vous découvrirez la suite de l’article dans le magazine…